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Parution nouveau roman

J’ai le plaisir de vous annoncer la parution de mon nouveau roman : “Télémaque Esclave en Bretagne”. Collection littéraire Amarante (Éditions L’Harmattan)

4e de couverture :
L’histoire s’appuie sur des faits réels.
À l’été 1757, quelques années avant la Révolution, Télémaque,
jeune esclave venant de Guinée et appartenant au Sieur de Beauregard – capitaine du corsaire la Sauterelle – est débarqué dans un petit village breton et confié au recteur de Plouénan, afin que celui-ci lui enseigne la religion catholique. L’arrivée de ce jeune africain, sur ce bout de terre bretonne, va bouleverser la communauté, d’autant plus qu’elle n’a jamais vu d’homme noir. Tout semble séparer Télémaque et les habitants de Plouénan. Lui, dont la culture africaine se révèle dans la fragilité et l’éphémère, où la beauté se cache dans l’impermanence des choses, les autres, qui taillent et pérennisent les traditions dans le granit et gravent le livre de la bible sur les calvaires. Pourtant, leurs cultures ont des points communs, celui des croyances et des superstitions, mais aussi, celui de la tradition orale qui, comme la pierre, est capable de traverser le temps. Au fil des jours, un réel attachement filial va lier le recteur à Télémaque.

Pour commander le livre

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Séances de dédicace :

  • Le 10 juin 2016 – Quimperlé : librairie Penn da Benn de 10h30 à 12h30
  • Le 11 juin 2016 – Saint-Pol-de-Léon : librairie Livres in Room de 10h30 à 12h30
  • Le 17 juin 2016 – Audierne : librairie Ar Vro à 17h
  • Le 18 juin 2006 – Quimper : librairie Ravy à 16h30

 

Entretien avec Éliane faucon-Dumont, journaliste au Télégramme de Quimper (Juin 2016) :


Comment avez-vous découvert l’existence de Télémaque?

 

J’ai découvert l’existence de Télémaque par hasard, en visitant un blog qui avait pour titre : « Un jeune Noir dans le Léon en 1757 ». La présence d’un africain en Bretagne au 18e siècle m’a interpellée.

Ce blog évoquait l’acte de baptême d’un jeune esclave confié au recteur de Plouénan. Acte retrouvé de manière fortuite par Madame Bordais-Fraval de Saint-Pol-De-Léon qui avait entrepris des recherches généalogiques.

Je me suis aussitôt posé cette question : « Pour quelle raison cette page sombre de la Bretagne a été singulièrement passée sous silence dans nos livres d’histoire et à l’école ?

 

Visiblement l’histoire de ce jeune homme vous a touchée, racontez-nous :

 

Je me souviens de l’émotion que j’ai ressentie en apprenant la présence de ce jeune Noir dans ce petit village breton. La peur de l’inconnu, de l’étranger, la peur de l’autre est ancrée dans les mentalités des gens, peut être plus encore à de cette époque, d’autant plus qu’ils n’avaient jamais vu d’homme noir. Son arrivée a dû bouleverser la communauté, enflammer son imagination. On imagine ce que ce jeune Guinéen a dû subir.

Écrire pour moi, c’est assouvir ma curiosité, mais, avant tout, donner une voix à ceux qui n’en n’ont pas. En exil sur ce bout de terre bretonne, Télémaque n’avait aucun espoir de retour. Arraché de force à son pays d’origine, à ses liens familiaux, à son village, à ses rêves… déporté, puis réduit en état de servitude…

Fortement touchée et captivée par sa vie, j’ai été saisie par l’envie de raconter son histoire.

 

 

Entre la culture bretonne de ces années 1757 et la culture africaine de ce temps, vous jetez des ponts, vous trouvez des ressemblances ?

 

Tout au long de mon projet, j’ai été surprise de découvrir que la culture africaine et la culture bretonne avaient beaucoup de points communs : celui des croyances et des superstitions, ainsi que la culture orale.

Grâce à la génétique, nous savons aujourd’hui que les hommes venus d’Afrique se sont répartis en Europe en suivant des chemins de migration. En approfondissant mes recherches, j’ai compris que ces migrants apportèrent avec eux leurs croyances, leurs rites, leurs pratiques magiques et leurs activités artistiques. Un grand nombre de vierges noires en France, le long de ces chemins migratoires, nous rappelle nos origines africaines. Tout comme les dolmens et les menhirs, si présents en Bretagne, ont été, en fait, créés par des migrants africains au Sinaï 4000 ans av. J.-C.… Découverte étonnante d’un archéologue Italien, sachant que le Sinaï est le lieu d’origine du judaïsme, de la chrétienté et de l’islam.

Ces mouvements humains, venus d’Afrique, ont donc transmis des rites et des valeurs dans l’inconscient collectif et cela à travers le monde.

Les bretons, au 18e siècle, étaient obsédés par la question de l’immortalité et de l’éternité. Alors ils taillaient et pérennisaient leurs traditions dans le granit et gravaient le livre de la bible sur les calvaires. Les africains et les bretons, ne sachant ni lire ni écrire, avaient une tradition orale. C’étaient les griots et les bardes qui transmettaient les contes et les légendes. En Afrique comme en Bretagne, le coq était l’objet de rites et de sorcellerie. Et comment ne pas trouver d’analogies entre les rites africains liés à l’eau curative et les fontaines sacrées de Bretagne, les gris-gris et les amulettes bretonnes (petits sacs bourrés de saindoux et d’une bouillie de lierre pour se prémunir de la peur), les médailles religieuses, mais aussi entre les calvaires et l’ouverture des cases toujours tournés vers l’ouest, où encore l’Ankou et le monde invisible d’Afrique ?

 

L’histoire de Télémaque et du recteur vous a bien inspirée.

 

Au cours du 18e siècle, les colons qui revenaient en France débarquaient avec leurs esclaves. La domesticité des Noirs était devenue une pratique courante en Europe. On estime à un millier le nombre de Noirs vivant en Bretagne. Nantes fut le premier port négrier du royaume, mais les ports de Vannes, Brest, Morlaix et Saint-Malo, et surtout Lorient, furent aussi impliqués dans la traite esclavagiste. Dans la Basse-Bretagne du 18e siècle, il n’y avait pas encore de conscience abolitionniste. Pour le recteur, le négoce de l’esclavage était justifié puisqu’elle découlait de la malédiction divine, le noir de la peau de Télémaque renvoyant à la lignée maudite de Cham.

Au départ, tout semble séparer ces deux êtres. Le prêtre, qui, au nom de la suprématie blanche, d’une prétendue supériorité culturelle, dénigre les croyances de Télémaque. L’intérieur du continent africain est, à cette époque, ignoré des blancs. Le recteur est loin de comprendre la complexité de la culture africaine, en matière de liberté, d’équité et de solidarité. La tribu de Télémaque, sans chef, ni état… Le pas est vite franchi pour conclure que ce sauvage est dépourvu d’histoire.

Tandis que le recteur chosifiait la nature en approuvant la déforestation des forêts du Léon pour la fabrication des bateaux, pour Télémaque, il n’y avait pas de séparation entre l’homme et la nature. Cet adolescent avait un rapport direct avec le cosmos. Il avait dû abandonner ses croyances, ses coutumes pour acquérir la religion et la langue du recteur.

 

J’espère que mon roman apportera son grain d’humanité dans le contexte actuel de tensions entre les Européens et les réfugiés. N’oublions pas que l’Afrique est le berceau de l’humanité et que nous descendons tous de la même lignée ancestrale. Il est donc grand temps d’imaginer une société basée sur des valeurs de compassion, de solidarité et de tolérance.

 

Je me suis laissée dire qu’avant la colonisation, l’Afrique se répartissait en territoires dont les frontières n’avaient pas pour fonction de séparer, mais de tisser des liens. Elles devenaient des espaces de mixité, de rencontre et d’échanges commerciaux…

Cette culture africaine, vieille comme la nuit des temps, a certainement encore beaucoup à nous apprendre.

 

 

( Mes réflexions ne sont pas personnelles ; elles s’appuient sur des recherches historiques, notamment de l’historienne Lucia Chiavola Birnbaum « Origines africaines et voies de migration africaine en Europe » ou bien sur les travaux de Yao Modzinou, Secrétaire Général de la Maison de l’Afrique à Toulouse et notamment sur le livre d’Annick le Douget « Juges, esclaves et négriers en Basse-Bretagne 1750-1850 ». Ce qu’elle révèle de la traite négrière des ports bretons provient des archives judiciaires de l’Ancien régime dans lesquels les faits y sont strictement consignés.)